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Oeufs de Pâques

Lorsque l’hiver touche à sa fin et que les journées s’allongent, le cycle de la vie recommence. Après les perce-neige, ce sont les crocus, les violettes, les jonquilles et tous les autres fleurs qui sortent de terre. Les animaux se réveillent de leur hibernation et s’empressent de se reproduire pour que leurs jeunes grandissent et soient assez forts avant le retour de la saison froide.

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Fromages autour du Mont Viso

 

Situé à quelques mètres de la frontière, le massif du Mont Viso –  reconnaissable de loin à sa forme triangulaire, dont on dit qu’elle a inspiré le logo de Paramount Pictures, et à sa hauteur (3 841 mètres au-dessus de la mer) qui dépasse de quelques 500 m les cimes environnantes – est, depuis l’Antiquité, une voie commerciale importante entre la plaine du Pô et la Provence. Le sommet rocheux est entièrement italien, en-deçà dela ligne de partage des eaux qui dessine la frontière italo-française 2  kilomètres plus loin, mais deux vallées sur les cinq qui s’étirent du massif font partie du Queyras (la vallée du Guil et la vallée des Aigues). Du côté italien, à l’est, on trouve les vallées de la Varaita, du Pô et du Pellice. D’un côté comme de l’autre on pratique la transhumance estivale depuis des siècles: chèvres, brebis et vaches se déplacent en été dans les alpages et leur lait est transformé en fromages capables de se conserver pendant le long hiver montagnard.

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Pertuis du Viso et autres tunnels du Piémont

Qui n’a jamais rêvé de trouver un raccourci pour arriver à ses fins? C’est normal, et ce n’est pas nouveau. Dans le nord de l’Italie, au Moyen-Âge, le marquisat de Saluces joue un rôle primordial dans l’équilibre d’une Europe qui essaie de s’affranchir de la Papauté, elle-même asservie à l’empereur du Saint-Empire.

A cheval entre celles qui sont aujourd’hui l’Italie et la France, le marquisat partage les montagnes qui l’entourent avec le Dauphiné et la Provence, dont elle importe des tissus et des chevaux en échange de produits de la terre – huile de noix, vin, riz, chanvre – et surtout du sel extrait de l’étang de Berre, près de Marseille.

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L’Age d’Or

 

Difficile d’imaginer aujourd’hui, dans nos sociétés de consommation, des magasins vides et de longues files pour obtenir des produits de première nécessité – pourtant garantis par le programme économique de l’Etat, à tel point qu’il les inscrit dans les cartes de rationnement. Pour nos sociétés occidentales cela relève des récits de guerre que nous écoutions de nos grand-parents. Pour d’autres pays, par contre, c’est du passé proche. Avec un humour certain, en Roumanie la propagande du régime avait même nommé la période la plus sombre l’Âge d’Or

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La véritable histoire de la fête des amoureux

 

Que peuvent donc avoir an commun un faune lubrique, un Pape volontaire, un poète du XIVème siècle et des soldats américains ?

Non, ce n’est pas une blague.

Elle commence à Rome, capitale de l’Empire. A la fin de l’hiver, les loups s’approchent des bercails qui entourent la ville à la recherche de la nourriture qu’ils ne trouvent pas dans la forêt. La population terrorisée sacrifie alors des boucs et des chiens à Lupercus, vague dieu rural d’on identifiera par la suite avec Pan, afin qu’il fasse venir le printemps et chasse les fauves. Des peaux des bêtes sacrifiées on fait des fouets avec lesquels des jeunes en petite tenue frappent des matrones (plutôt consentantes) après les avoir pourchassées dans les bois.

Car les Romaines pensent, en s’offrant au fouet, améliorer leurs chances d’assurer une descendance à leurs conjoints.

Tout cela se fait joyeusement entre le 13 et le 15 février et est bien arrosé, comme c’est l’habitude dans la capitale de l’Empire.

Lorsque le Christianisme arrive et que les Papes successifs essaient de mettre bon ordre parmi toutes les fêtes payennes, les Lupercales, considérées somme toute peu dangeureuses, ont encore un certain avenir devant elles. Elles passent à la trappe à la fin du Vème Siècle par décision de Gélase Ier, cédant la place à des saints obscurs martyrisés le 14 février : Valentin de Terni et Valentin de Rome – qui ne sont probablement qu’une seule et la même personne. On raconte de l’un qu’il fut décapité à 97 ans parce qu’il avait bravé l’interdit de célébrer des mariages entre de jeunes romaines et des soldats qui devaient partir en campagne, ce qui ne plaisait guère à l’empereur Claudius le Gothique; de l’autre qu’il fut martirisé parce que, confié à la garde d’un patricien pour qu’il arrête de prêcher, il avait continué à le faire et même rendu la vue à la fille aveugle de celui-ci, à laquelle il avait laissé un billet d’adieu au moment d’être exécuté, signé «ton Valentin».

Ils sont élus protecteurs des jeunes, des apiculteurs, de la virginité prénuptiale et garant de fiançailles et d’un mariage heureux, et sont même censés tenir à l’écart la folie, l’epilepsie et la peste.

Le poète Geoffrey ChaucerL’histoire de la Saint Valentin a commencé, mais il faudra attendre le poète anglais Geoffrey Chaucher (1340-1400 environ) et son Parlement des Oiseaux pour avoir le premier poème qui peut être relié officiellement à cette fête. Il y chante la renaissance du printemps, symbolisée par la quête des êtres vivant – notamment des oiseaux – d’un partenaire avec qui construire leur nid et assurer leur descendance.

En ce temps-là, la veille ou le matin même de la fête les Anglais ont l’habitude de former des couples de jeunes qui échangent des cartes ou de petits présents. La coutume s’embarque sur le Mayflower avec les Pères Fondateurs, prospère et s’amplifie dans le riche humus d’Outre-Atlantique pour ensuite revenir en Europe avec les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, en même temps que les jeans et le jazz (et la penicilline).

De l’Allemagne occupée par les Forces alliées la Saint-Valentin, de plus en plus commerciale, se  répand dans le reste de l’Europe et du monde, en suscitant des réactions diverses et parfois contraires: en Arabie Saoudite, par exemple, elle est purement et simplement bannie et il est interdit de vendre quoi que ce soit la rappelant, comme des gâteaux en forme de coeur ou des roses rouges. Au Japon elle est l’occasion d’offrir des chocolats à l’élu de son coeur qui, un mois après, répondra (s’il est d’accord) par un cadeau tout blanc à l’occasion du White Day. Pour les célibataires ou les amoureux éconduits il y a même, plus tard, un Black Day où, traditionnellement, on mange des nouilles et des haricots noirs.

Dans les Carpates cette fête du printemps se fêtait une dizaine de jours plus tard. Quelque peu oubliée, elle revient ces dernières années, même s’il n’est pas certain que les jeunes américanisés en connaissent encore la véritable signification.

Une légende raconte que l’empereur des Romains Trajan fut subjugué par la beauté de Dochia, fille de Décébale, le roi des Daces qui essayait d’arrêter l’avancée des conquérants latins. La jeune fille s’enfuit vers le nord du pays avec ses troupeaux. Bien des années plus tard son fils Dragobete (ou Dragomir) qui était beau comme Apollon et Eros ensemble se maria sans l’approbation de sa mère. On était à la fin de l’hiver. Fâchée, la vieille Dochia donna a sa bru une pelote de laine noire de saleté et l’envoya la laver à la rivière glacée, lui interdisant de revenir avant de lui avoir rendu sa belle couleur immaculée.

La jeune femme lava et lava à s’en faire saigner les mains, la laine s’obstinait à ne pas redevenir blanche. Voyant son désespoir Jésus lui apparut et lui donna une fleur rouge à utiliser pour blanchir la pelote, ce qu’elle fit et – ô miracle –  la laine dans ses mains devint candide comme la neige qui couvrait le paysage.

 

La pierre censée représenter Baba Dochia sur le mont Ceahlau. Photo revue Historia

Baba Dochia crut que Jésus était en réalité un amant  qui avait offert à sa bru une fleur qu’il avait cueillie: s’il y av ait des fleurs dans les champs le moment était venu d’amener ses brebis au pâturage. Mais c’était encore l’hiver, il gelait et Dochia, après avoir ôté l’un après l’autre ses douze manteaux, mourut de froid et fut transformée en pierre avec son troupeau.

 

La légende ne dit pas si Dragobete et sa jeune épouse furent heureux et eurent beaucoup d’enfants comme dans tout conte qui se respecte. Ce qui est certain c’est que son nom reste dans la mémoire des habitants des Carpates pour indiquer le moment où la nature commence à s’éveiller, les animaux cherchent leur partenaire et les oiseaux construisent leur nid. Comme eux, les humains aussi cherchent à former leur couple.

A la fête de Dragobete les jeunes garçons allaient dans les champs chercher des fleurs sauvages à offrir aux jeunes filles du village qui les suivaient de loin. Les voyant courir vers elles, celles-ci s’enfuisaient avec plus ou moins de conviction, en fonction de leur penchant pour eux. Les garçons qui réussissaient à attraper l’élue de leur coeur l’embrassaient et si elle était d’accord les fiançailles étaient annoncées au village et à la famille. Tous les jeunes qui participaient à la cérémonie pouvaient s’attendre à trouver leur meilleure moitié dans l’année, alors que les autres étaient destinés à rester seuls jusqu’à l’année suivante.

La fête de Dragobete, ainsi que la Saint-Valentin d’avant la société de consommation, étaient loin d’être a célébration di couple que nous connaissons maintenant. Au contraire, elles fêtaient le retour du printemps, la renaissance de la vie e l’espoir de continuation de l’Univers.

 

Moineaux

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La chèvre et le chou

 

Surtout le chou.

Car c’est de lui qu’il est question, et aussi de riz.

Et de feuilles de vigne. De viande aussi, souventE d’autres ingrédients aussi: raisins secs, pignons de pin, herbes.

Il est question de cuisiner tous ensemble, en famille, et de longues cuissons à l’étouffée.

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Constantin Brâncuși

On peut imaginer qu’il fait chaud à Paris ce 14 Juillet 1905, lorsque le train entre en Gare de l’Est. Constantin Brancusi, affaibli par une pneumonie qui l’avait cloué au lit pendant plusieurs jours dans l’hôpital de Luneville, avait décidé de se servir du chemin de fer pour la dernière partie de son voyage, commencé plus d’un an plus tôt sur un coup de tête, à pied.

Pas qu’il n’ait pas eu l’intention d’aller à Paris – bien au contraire. Pour financer son voyage, il a même accepté une commande du conseil municipal de Bucarest: le buste d’un général-médecin qui reste à nos jours son seul monument public dans la capitale roumaine.

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Je vous souhaite une bonne et heureuse année 2018!

 

Une nouvelle année commence: à chacun d’entre nous, elle apportera certainement son lot de nouveautés – d’aucunes positives, d’autres malheureusement moins.

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Virginia Zeani – L’Absolue

A l’issue d’un concours de chant d’une ville de province un petit groupe de jurés se réunit dans un restaurant pour un dîner tardif. Alfredo, obscur serveur passionné de musique, est aux petits soins. Les jurés le font participer à la conversation et voilà qu’ayant appris que c’était son anniversaire Virginia Zeani et Joan Sutherland lui portent un toast en entonnent ensemble « Amami, Alfredo ».

On imagine l’émotion de l’homme en écoutant deux des plus grandes sopranos de l’époque chanter pour lui.  

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La pomme de terre – des hauts-plateaux de l’Amérique latine aux reliefs européens

Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.

Qu’a donc en commun cette pensée de Blaise Pascal avec un gratin de pommes de terre?

Eh bien, a première vue pas grand-chose; mais qu’est-ce qui aurait changé, par exemple, si Edouard VIII avait reçu du Pape l’autorisation à divorcer de Catherine d’Aragon pour épouser Anne Boleyn? Il n’y aurait pas eu de Réforme anglaise, donc pas de révolte du livre de la prière dans le Devon, ce qui fait que le fermier Edmund Drake serait paisiblement resté dans le Devonshire au lieu de fuir dans le Kent avec sa famille et n’aurait pas placé son fils aîné Francis comme apprenti auprès de son nouveau voisin, capitaine de navire.